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Dorothée CLAUSS
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POINT DE VUE... Dorothée CLAUSS par BTN, 2011 Le style, disait Roland Barthes, c’est la mythologie personnelle de l’artiste. Encore faut-il s’entendre sur le champ sémantique de cette expression. Au sens figuré il s’agit certes des obsessions et des images qui déterminent la spécificité, l’identité, de l’artiste comme tel ; au sens propre on peut entendre : sa façon de s’approprier les mythes. La production de Dorothée Clauss se soutient de cette double acception, même si sa conception des mythologies qu’elle s’approprie relève davantage de notre culture judéo-chrétienne que de l’antiquité gréco-romaine. Encore faut-il imposer cette mythologie personnelle, de telle sorte qu’elle puisse être perçue comme un style. C’est un peu le sens de la démarche de Dorothée Clauss. Et tout d’abord il s’agit ici de Peinture. Et de peinture à l’huile, supposant donc une technique ancestrale, de la patience et du temps. Dorothée Clauss s’inscrit ainsi dans une Histoire, une filiation et même une tradition. Dès lors on ne s’étonnera point de noter force références à des tableaux célèbres empruntés à la dimension religieuse de l’Art qu’il s‘agisse d’épisodes bibliques (David et Goliath ; Judith et Holopherne) ou paléo-chrétien (La conversion de St Paul). Simplement le thème est traité avec le recul propre à l’humour, le détachement spécifique de l’ironie ou si l’on préfère avec un certain sens de la désacralisation qui correspond bien au désir d’émancipation prospectif lié à notre époque. St Paul est un charmant bambin qui enfourche un cheval de bois, un bandeau sur l’oeil et la tête de Goliath prend l’apparence d’un poulpe. Ainsi des scènes de la vie quotidienne sont-elles perçues comme sources d’événements rivalisant avec d’illustres référents. Toutefois, une sacralisation peut en cacher une autre en ce sens que si la religion se perd, la spiritualité demeure et il y a sans doute, dans cette recherche de motifs nouveaux supplantant les anciens, comme la quête d’un absolu, lequel ne serait pas forcément transcendant. La scène est là, elle se décline au présent et ce présent acquiert, par sa mise en exergue, une valeur d’éternité. Le tableau favorise cette transmutation. Il a pour vocation de durer tandis que les corps des modèles, et de l’artiste elle-même, subiront les injures du temps. Le traitement de la figure est d’ailleurs hiératique, la pause n’est sciemment pas naturelle comme si le modèle se composait un rôle, réprimait ses émotions et ne cherchait notre regard que pour lui réclamer de se concentrer sur les objets. L’artiste en tient un en chaque main, dans des attitudes manifestement stylisées voire conventionnelles. Sauf qu’évidemment l’objet proposé à nos regards est des plus contemporains, des plus inattendus voire des plus inquiétants (un sac plastique à suicide, du sable, un sablier ou une montre, un coutelas, un appareillage de malade transfusé…). C’est assez évident dans la série des cinq Introspections ou dans la Judith nouvelle manière, où l’accent est moins mis sur le visage, somme toute assez neutre et qui se contente de solliciter, le spectateur comme on se regarde dans une glace, que sur le sécateur ou le rhizome déraciné, semblable au coeur arraché dans la culture aztèque ou à ces scènes conçues par les grands peintres pour les grands martyrs. Au-delà du regard qui interroge, l’objet est prioritaire. Il inclut toutes les histoires possibles, de la plus banale à la plus dramatique, de la plus quotidienne à la plus invraisemblable. Le fond demeure blanc comme pour ne pas détourner l’attention de la démarche oblative qui ne fait que mettre en abyme le double don de soi fait au tableau (et donc à l’Art) dans un premier temps, au spectateur de l’autre (et donc à l’Autre). Et puis la dimension humaine même du tableau rend la figure de l’artiste plus proche des hommes que de l’univers céleste. Ceci dit le geste conserve son mystère et c’est sans doute par ce mystère, qui relève de la mythologie personnelle donc, que le style de Dorothée Clauss accède au sacré. Un sacré intime pourrait-on dire pour paraphraser Barthes et en proposer une expression en chiasme. Mystère dans le choix des objets proposés à notre perception et qui deviennent effectivement les motifs de nouvelles introspections car déchiffrer l’autre est un peu se déchiffrer soi-même. Car il y a du moi en l’autre et de l’autre en moi. Les couleurs sont réduites au strict minimum, soulignant par exemple l’ambiguïté d’un vêtement mais ce sont les noirs, les gris et les blancs qui dominent, façon d’inscrire le traitement réaliste de la figure dans une dimension autre qui, en l’occurrence, s’avère être la dimension picturale. On ne saurait donc être dans le premier degré. Mais dans une symbolique. Parfois la figure humaine brille par son absence. Quand Dorothée Clauss peint l’envol ou la mort d’oiseaux. Il est assez facile de trouver des équivalences entre ce motif et des scènes religieuses célèbres qu’il s’agisse de l’Ascension ou des représentations du Christ mort. En fait Dorothée Claus recourt bien à une symbolique mais qui n’emprunte à l’universel que pour la passer au crible de sa subjectivité créatrice avant de la restituer, transfigurée, à l’Histoire de sa pratique. Plus récemment elle a carrément franchi le pas hors du tableau pour s’appliquer à confectionner des ex-voto faisant penser à des corps ou coeurs transpercés ou à des couronnes d’épine. Mais en empruntant à des matériaux simples qui n’ont que d’autant mieux leur place au royaume des yeux. Placés sous verre ils sont en quelque sorte protégés de notre univers profane et permettent à l’artiste d’expérimenter la troisième dimension, puisque le regardeur doit nécessairement se déplacer par rapport à l’objet et non seulement le contempler. On est plus dans le corps à corps que dans le face à face. On ne s’étonnera pas que le thème de la mort et du temps dominent. Sans la mort, à quoi bon la religion et donc sans doute peut-être les symboliques à commencer par celle de l’Art. Mais ceci serait une autre Histoire. Toujours est-il que ce travail exigeant et subtilement provocateur permet à Dorothée Clauss de s’inventer, au fil de ses réalisations, un style.
VOIR / ECOUTER http://www.dorotheeclauss.com http://www.guillerm-loubat.com/album-1918182.html http://www.galeriesensuniques.com/ http://www.nimes.fr/fileadmin/directions/ecole_beaux_arts/2011-expo-poursuite-3-carton.pdf
Isabelle Bagnouls Sophie Phéline
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